À la surface de l’infini

Becky Beasley, Étienne Chambaud, Graham Gussin, Hugo Pernet, Kathrin Sonntag
21/02/2009 – 18/04/2009

“À la surface de l’infini” s’est élaborée à partir de Remote Viewer, une installation de Graham Gussin qui m’avait marquée en 2002 au centre d’art Ikon Gallery de Birmingham. Le souvenir de cette œuvre a ressurgi l’année dernière alors que je découvrais, un projet en tête d’exposition explorant les liens entre abstraction et imaginaire, les travaux de Becky Beasley et de Kathrin Sonntag, et avec lesquels les démarches d’Hugo Pernet et d’Etienne Chambaud se mettaient à résonner naturellement.

 

Rassemblant une grande diversité de formes, l’exposition se déploie aujourd’hui en cinq espaces propres à chaque artiste, dont les approches clairement différenciées permettent finalement d’autant mieux le dialogue.

 

Évoquant une thèse sur la géométrie de l’univers ou simplement un roman de science fiction, le titre de l’exposition affirme d’emblée la portée narrative et imaginaire des trente œuvres ici rassemblées. Plus que les liens entre l’au-delà et le monde des apparences, “À la surface de l’infini” pose d’un point de vue artistique la possibilité d’une rencontre entre deux termes contradictoires : celui d’infini, espace-temps historiquement chargé de romantisme, avec celui de surface, froideur présumée du minimalisme.

 

Réévaluant une histoire de l’abstraction qui s’étendrait du monochrome aux formes de la sculpture minimale, les œuvres de l’exposition nous présentent effectivement des “surfaces”, mais dont l’apparente opacité contraste avec leur puissance d’évocation. À la fois fermées et ouvertes, elles assument un certain mutisme pour mieux se charger de mystère. Elles revendiquent une part d’hermétisme inhérente à toute œuvre d’art, ce qui leur permet d’ouvrir sur de multiples interprétations.

 

Ainsi, les œuvres de Becky Beasley prennent la forme de boîtes ou d’étagères dont le contenu, remplacé par une surface noire réfléchissante et abyssale, reste à imaginer. Chez Graham Gussin le monochrome se transforme en écran propice à la projection mentale et chez Hugo Pernet comme l’annonce possible d’une image à venir, après la supposée fin de la peinture. Etienne Chambaud crée des tautologies qui réinterprètent à l’infini ses documents de travail ou ses propres œuvres, tandis que Kathrin Sonntag met en abîme des archives photographiques et des objets du quotidien dont l’abstraction dénote une étrangeté.

 

Par leur contemporaneïté, les œuvres de l’exposition ramènent consciemment l’infini à la surface, c’est-à-dire à la forme, au niveau des apparences ou dans le réel. Pourtant, la prise en compte de cette surface comme élément constitutif de l’œuvre n’en réduit nullement la portée. Barrière opaque, la surface peut aussi se muer en écran, miroir ou trou noir. Abstractions chargées, “ce que nous voyons” ouvre sur une autre perception1.

 

Marianne Lanavère

 

1. Deux lectures contemporaines du minimalisme américain des années 60 m’ont inspirées pour penser cette exposition : l’incontournable Ce que nous voyons, ce qui nous regarde (1992) de Georges Didi-Huberman et son interprétation des sculptures de Tony Smith, mais aussi un texte du critique d’art Jörg Heiser, “Loaded : Opaque Surfaces in Modernity” qui met en perspective le monolithe de Kubrick dans 2001 et la sculpture minimale, paru dans Timewave Zero / A Psychedelic Reader, livre édité par Lionel Bovier & Mai-Thu Perret accompagnant l’exposition Timewave Zero / The Politics of Ecstasy de Lionel Bovier & Jean-Michel Wicker en 2001 au Grazer Kunstverein (Cf bibliographie).

Autour de l’exposition

  • 11/03/2009

    Exposition en résonance avec “À la surface de l’infini” d’œuvres de Carlos Cairoli, Jean-Marc Cerino, Livia Deville, Jérôme Dupin, Axel Hütte, Luis Marsans, Corinne Mercadier, Michel Sauer appartenant à la collection du Frac Île-de-France, au Lycée Théodore Monod de Noisy-le-Sec. Une proposition du Frac Île-de-France au Lycée Théodore Monod, jusqu’au 11 mai.

  • 12/03/2009

    de 19 h à 20 h 30
    Nouveau : “Un temps pour l’art” : atelier d’écriture, de critique d’art pour tous, en partenariat avec le Centre de Philosophie de l’art de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

  • 22/03/2009

    de 14 h à 19 h
    Ouverture exceptionnelle dans le cadre du week-end Télérama : de 15 h à 16 h 30, atelier d’initiation à l’art contemporain.

  • 26/03/2009

    de 19 h à 20 h 30
    “Un temps pour l’art” : atelier d’écriture, de critique d’art pour tous, en partenariat avec le Centre de Philosophie de l’art de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

  • 04/04/2009

    de 18 h à 19 h 30
    Hugo Pernet invite m y o p i e s, revue de poésie en ligne :
    Lectures-performances poétiques d’Arno Calleja, Guillaume Fayard, Anne Kawala, Pierre Ménard, Hugo Pernet, Esther Salmona et Dorothée Volut.
    Parcours poétique sonore (durant l’exposition Mp3 sur demande à l’accueil).

  • 18/04/2009

    de 18 h à 19 h 30
    Rencontre autour des œuvres avec Marianne Lanavère, directrice de La Galerie et Yoann Gourmel, curateur et critique d’art.