Bettina Samson

exposition personnelle
05/12/2009 – 13/02/2010

Pour sa première exposition personnelle d’envergure, Bettina Samson a conçu un projet spécifique où convergent ses récentes expériences inspirées de découvertes scientifiques et son intérêt pour l’histoire des utopies. Croisant ces deux axes de recherche autour de la question du progrès dans sa dimension technique et sociale, une quinzaine d’œuvres – dont la plupart ont été produites pour l’occasion – se jouent de notre perception et transforment La Galerie en un paysage de strates temporelles.

 

Dès l’entrée, l’exposition apparaît comme une succession d’espaces aux ambiances colorées complémentaires, qui matérialisent des ensembles d’œuvres se déployant du rez-de-chaussée au sous-sol. La lumière, utilisée comme élément de scénographie pour suggérer des états de perception liés à des situations historiques ou géographiques, est directement présente en tant que “révélateur” d’image, notamment dans le film et les photographies obtenues par défaut à partir des radiations émises par une pierre contenant de l’uranium. L’acte de voir autant que la représentation de l’invisible sous-tendent l’exposition1.

 

Plus que sa variété (installation, sculpture, photographie, vidéo…), une hétérogénéité formelle assumée caractérise le travail de Bettina Samson. Délibérément disparates, les formes, techniques et matériaux sont choisis en adéquation avec chaque recherche de l’artiste. Au-delà de leurs différentes affiliations stylistiques avec tel ou tel moment de l’histoire de l’art, ces œuvres ont en commun une facture hybride, à mi-chemin entre des modèles hors d’échelle et des reconstitutions faussées (l’établi de Becquerel). Réalisées à la main ou techniquement imparfaites, leur apparence incarne la part d’erreurs présente dans les expérimentations que l’artiste rejoue à partir de documents incomplets et de sources partielles.

 

De la première photographie du spectre solaire en 1848 à la découverte en 1896 des propriétés radioactives de l’uranium jusqu’aux recommandations d’Einstein sur le nucléaire en 1939, de l’existence en 1914-1917 d’une communauté socialiste dans le désert de Mojave à l’expérience psychédélique d’Aldous Huxley dans ce même désert dans les années 50, les références se croisent, voire se superposent, à la limite de l’anachronisme. Apparemment éloignées, elles incarnent toutes un moment charnière, juste avant leur possible basculement dystopique. La collision temporelle s’opère à l’échelle d’une œuvre comme à celle de l’exposition, jusque dans le film 5 fois 3:30 d’expositions, telle une strate plus ancienne de l’exposition. Le temps devient le sujet même de certaines œuvres, notamment la carotte géologique du spectre solaire ou le disque stroboscopique qui tourne à rebours tout en renvoyant au titre de la nouvelle d’Huxley Tomorrow and Tomorrow and Tomorrow (Demain et demain et demain).

 

Tout en délimitant avec précision les formes aptes à condenser ses recherches, Bettina Samson travaille par séries d’œuvres dans lesquelles les références viennent s’enchevêtrer d’une exposition à l’autre. Ainsi retrouve-t-on sous la forme de filtres jaunes l’évocation du désert de Mojave déjà présente au Palais de Tokyo2, enrichie ici de nouvelles histoires : celle de la communauté utopique Llano del Rio au début du 20e siècle et celle de la quasi cécité d’Huxley qui y a vécu dans les années 60. De même, c’est en parcourant l’exposition d’un bout à l’autre que les physiciens Becquerel père et fils peuvent être mis en rapport, ici réunis par la pratique d’une photographie “à l’aveugle”, à la frontière entre moyen scientifique et visée artistique. Une méthode de construction et de déconstruction poussée par l’artiste jusqu’à la mise en abyme entropique de ses propres œuvres : projeté au sous-sol de La Galerie, le film d’une exposition précédente3 filmée cinq fois puis à son tour longtemps exposé aux radiations d’une pierre faiblement radioactive, referme la boucle de la visite.

 

Marianne Lanavère

 

1. Les recherches de Bettina Samson entrent évidemment en résonance avec certaines questions précédemment poursuivies dans la programmation de La Galerie, de la traduction de l’invisible (Dominique Blais, Spencer Finch dans “Visions nocturnes”, 2008) à la réactivation d’expériences scientifiques dans leur dimension occulte (Christian Frosi, Gusmão & Paiva, Nick Laessing, dans l’exposition de Simone Menegoi “Fables du doute”, 2008, conférence de Clément Chéroux dans ce cadre), en passant par les liens entre perception et utopie (Une Ville contemporaine d’Evariste Richer, 2007, et After Nancy (The Model) de Bertrand Lamarche, 2008).
2. Exposition de Bettina Samson “Replica”, Module 1, Palais de Tokyo, Paris, 2009.
3. Exposition de Bettina Samson et Julien Tiberi “Stratos Fear” à RLBQ, Marseille, 2008.

Autour de l’exposition

  • 14/01/2010

    de 19 h à 21 h
    “Un temps pour l’art” : atelier de critique d’art tous publics par Laurence Corbel, Sally Bonn et Anne Bonnin (critique d’art invitée).
    En partenariat avec le Centre de Philosophie de l’art de l’Université Paris I.

  • 28/01/2010

    de 19 h à 21 h
    “Un temps pour l’art” : atelier de critique d’art tous publics par Laurence Corbel, Sally Bonn et Anne Bonnin (critique d’art invitée).
    En partenariat avec le Centre de Philosophie de l’art de l’Université Paris I.

  • 13/02/2010

    de 18 h 30 à 21 h
    Soirée de finissage : rencontre avec Bettina Samson, avec Marianne Lanavère et performances de Roxane Borujerdi, artiste.