La langue de ma bouche

Hedwig Houben and Jean-Charles de Quillacq
19/01/2018 – 24/03/2018

Jusque-là, ma langue reposait dans ma bouche comme si de rien n’était. Puis on a parlé d’elle et elle a pris un certain poids, occupé un certain volume dans ma bouche. Elle est devenue une chose à part, en partie visible et en partie invisible, pas tout à fait en moi ni tout à fait à moi. “La langue de ma bouche”, c’est aussi une langue qui fourche, qui se fait entendre avant de se faire comprendre, une créature indépendante douée de parole, un instrument émetteur avec sa propre technique. Cette langue-là n’est plus si familière à cette bouche qui est la sienne et qui est la mienne.

 

“La langue de ma bouche”, c’est aussi celle qui parle des œuvres. C’est une langue qui désapprend le langage d’une médiation tournée vers l’information. Elle développe une forme de médiation plus obscure qui prendrait au mot la maxime de Ludwig Wittgenstein selon laquelle « tout ce qui peut être dit peut être dit clairement, et sur ce dont on ne peut parler, on doit le taire. » [1] Il ne s’agit pas tant d’entretenir autour de l’œuvre un silence mystique que de reconnaître les limites du langage clair et de trouver des manières de se relier aux œuvres sous des formes plus embarrassées, moins familières, en envisageant la médiation comme une caisse de résonance. Hedwig Houben a conçu des instruments pour cela.

 

Après la langue, ce sentiment d’étrangeté a gagné la maison – de pierre, de poussière, de… – qui abrite le centre d’art. À la fois solide et hospitalière, vulnérable et transformable, publique et déjà habitée, cette maison n’est pas tout à fait la mienne ni tout à fait la vôtre. Alors venez faire l’expérience de la langue qui râpe.

 

[1] Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, (1921), trad. Gilles Gaston Granger, Gallimard, 1993, p. 31

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