Tes mains dans mes chaussures 2/3

Béatrice Balcou, Black Garlic avec Julie Fortier, Laëtitia Badaut Haussmann, Delphine Chapuis Schmitz, Hedwig Houben, Myriam Lefkowitz, Violaine Lochu, Jean-Charles de Quillacq, Sébastien Rémy, Liv Schulman, Alexander Wolff
21/01/2017 – 20/04/2017

 

Si tes mains se glissent dans mes chaussures, notre marche deviendra vite bancale. Nous sommes ici à un tiers de l’exposition “Tes mains dans mes chaussures” et nous avons souvent utilisé ce titre comme une métaphore utile au projet : si l’on considère le centre d’art comme des chaussures, soit un objet fonctionnel qui “irait de l’avant”, et que l’on associe les personnes qui la traversent – artistes, équipe, publics – à ces mains qui s’y introduisent, on remarque vite comme chacun.e dévie de sa course initiale. C’est sans doute cette image d’une démarche empêchée et comique qui nous a semblée la plus juste pour imaginer l’exposition comme une expérience d’instabilité, un jeu d’adaptations réciproques.

L’image de la marche décrit aussi une manière de chercher par tâtonnements. A cette étape, cette exposition nous a tous.tes déplacé.es dans nos rôles et nos habitudes. S’il est trop tôt pour en mesurer les effets, nous pouvons déjà revenir sur quelques règles de départ : les artistes sont invité.e.s pour une période indéterminée au sein du centre d’art, au-delà du terrain de l’exposition. C’est-à-dire que les conditions habituelles d’invitation aux artistes sont étendues à la maison et à ses habitants – l’équipe, les visiteurs – qui deviennent alors partie prenante de cette invitation et peuvent nouer entre eux des relations en marge, improvisées et inédites. Le projet tente de jouer avec les règles plus ou moins explicites qui lient le centre d’art aux artistes et au public et s’il s’agit d’un jeu, il est très concret, quotidien et à échelle 1. Du côté de l’équipe, une question importante se pose chaque jour : comment mêler une implication personnelle sur le terrain professionnel, dans le cadre du temps de travail ? Comment entremêler ces relations complexes de l’intime et du public dans une dynamique expérimentale ? Jusqu’où porter la dimension d’hospitalité propre à ce projet ? Ce jeu a aussi pour principe le fait de fonctionner malgré tout et de ne pas forcer la relation.

Jusqu’ici, il s’est beaucoup agi de prendre soin, des œuvres, des autres et d’accompagner les visiteurs.euses dans des relations spécifiques au sein de l’exposition. Cette dimension du soin et de l’attention n’est jamais unilatérale et demande pour exister et se renouveler à être réciproque. Ainsi, le centre d’art s’adresse à des personnes disposé.e.s à entrer dans ce jeu ou au moins à en observer les effets. Parce que l’exposition est une série d’expériences éparses, ce journal rend compte de quelques-unes d’entre elles à travers trois conversations, des témoignages partiels que complète le cahier d’images. Reste maintenant à revenir, soyez les bienvenu.e.s dans nos vieilles chaussures.

Vanessa Desclaux et Emilie Renard