• Publié le 18 septembre 2026
  • Auteur·e : Emma Vallejo
  • Temps de lecture : 4 minutes
  • La boutique d’accordéons

    t l d’

     

    Je hisse le pavillon mais…

    il n’y a rien dessus.

    Je suis un marin englouti

    par l’étendue, les voiles et les toboggans.

    J’hésite

    sur le message à faire passer.

    Je, les ailes, comme, non,

    de la mer au revêtement synthétique. Dans

    la pièce

    l’ai pas entendu entrer

    est à côté de moi et je

    ne de l’expliquer

    voilà

    Milototo

    ne pouvons pas

    expliquer ce qui passe.

     

    Tu vois, ce balcon éclairé au dernier

    étage ? C’est là que je vis

    provisoirement.

    Mais tu ne vois pas de quoi je parle, un immense platane nous cache

    la vue. Je te montre de la main ce que j’ai

    dans la tête, des platanes, tu voudrais des frênes à la place.

    J’aimerais parler l’oiseau. Un érable aux nervures rousses.

     

    Et nous, ce que nous

    écrivons, est un

    mélange entre ?

     

    Comme dans un faux

    film de cavale, une lycéenne

    démissionne du lycée.

    A D E Ḫ

     

    Désormais je plane

    plus longtemps au-dessus

    de la cordillère. Ça me fait un peu

    peur de constater que j’ai moins peur de planer.

    Je siffle en passant sur les crêtes.

    Et lorsque nous ne savons plus, nous sommes faits de petits morceaux

    de pendule.

     

    Définition similaire d’un navire trouvé, je crois,

    une pierre précieuse. Ce que j’essaie

    de dire, c’est

    que dans le volume d’un dictionnaire

    souterrain, un navire dans un chantier naval

    est garé à la même entrée

    qu’une pierre précieuse.

     

    En fait, il n’y a pas de définition.

     

    Tout peut arriver en même temps…

    non, ce n’est pas vraiment ça.

     

    J’aimerais embarquer avec toi sur un paquebot et quand on

    me demandera de vider mes poches, elles seront pleines de diamants,

    même si j’aimerais plutôt avoir

    des pierres semi-précieuses, la liste est

    plus longue.

    Flipper et fléchette à l’étage.

     

    Prenez, en fait, il n’y a pas un moment : tu me raccompagnes avec ton

    vélo incrusté de pierres et dans le Jardin des Plantes, le schiste se

    détaille en feuillets. Mais…

    comment dire…

    il y a juste plusieurs moments.

     

    Ce serait tellement beau si tu pouvais choisir un passage du livre et

    dire : ça commence.

    En fait, tu n’aurais même pas besoin de le dire.

    Les robes sont pressées sous un dôme en parapluie bleu,

    il y a au moins 1000 robes

    je te crois sur parole.

     

    Je garde depuis longtemps

    une île avec un coffre qui

    est peut-être vide.

    On passe l’enfance à protéger un secret,

    un secret

    dont on n’est même pas sûre.

    La boutique d’accordéons

     

    Tout ce qu’on voulait ailleurs

    qu’est-ce qui se faufile dans

    ce que j’essaie

    on

    garderait

    de

    dire ?

    On pourrait le faire

    ici.

    Les

    mêmes

    un pont-

    levis, une

    pensée

    sommaire ou

    les anges

    aux mêmes

    visages,

    soufflent

    qu’est-ce qui est

    merveilleux ?

    Pourquoi

    dans leurs trompettes

    je me sens plus en sécurité

    dans l’enceinte

    les mêmes

    prénoms

    entourés de

    douves

    un faux

    château

    des ducs de Bretagne ?

    Dans une boutique

    d’accordéons

    un adolescent

    reste dans le monde.

    Igor Grubić
    Image de recherche résidence, 2026

    EMMA VALLEJO

     

    Emma Vallejo est diplômée des Beaux-Arts de Paris. Elle écrit des poèmes, des textes théoriques. Ses textes ont été publiés dans des revues de littérature (niqui causse, Mouvement, Point de Chute, Black Herald Magazine). Elle conçoit et donne des ateliers d’écriture et de performance, dans des contextes variés.

     

    Texte publié dans le cadre de la résidence d’Igor Grubić