La boutique d’accordéons
t l d’
Je hisse le pavillon mais…
il n’y a rien dessus.
Je suis un marin englouti
par l’étendue, les voiles et les toboggans.
J’hésite
sur le message à faire passer.
Je, les ailes, comme, non,
de la mer au revêtement synthétique. Dans
la pièce
l’ai pas entendu entrer
est à côté de moi et je
ne de l’expliquer
voilà
Milototo
ne pouvons pas
expliquer ce qui passe.
Tu vois, ce balcon éclairé au dernier
étage ? C’est là que je vis
provisoirement.
Mais tu ne vois pas de quoi je parle, un immense platane nous cache
la vue. Je te montre de la main ce que j’ai
dans la tête, des platanes, tu voudrais des frênes à la place.
J’aimerais parler l’oiseau. Un érable aux nervures rousses.
Et nous, ce que nous
écrivons, est un
mélange entre ?
Comme dans un faux
film de cavale, une lycéenne
démissionne du lycée.
A D E Ḫ
Désormais je plane
plus longtemps au-dessus
de la cordillère. Ça me fait un peu
peur de constater que j’ai moins peur de planer.
Je siffle en passant sur les crêtes.
Et lorsque nous ne savons plus, nous sommes faits de petits morceaux
de pendule.
Définition similaire d’un navire trouvé, je crois,
une pierre précieuse. Ce que j’essaie
de dire, c’est
que dans le volume d’un dictionnaire
souterrain, un navire dans un chantier naval
est garé à la même entrée
qu’une pierre précieuse.
En fait, il n’y a pas de définition.
Tout peut arriver en même temps…
non, ce n’est pas vraiment ça.
J’aimerais embarquer avec toi sur un paquebot et quand on
me demandera de vider mes poches, elles seront pleines de diamants,
même si j’aimerais plutôt avoir
des pierres semi-précieuses, la liste est
plus longue.
Flipper et fléchette à l’étage.
Prenez, en fait, il n’y a pas un moment : tu me raccompagnes avec ton
vélo incrusté de pierres et dans le Jardin des Plantes, le schiste se
détaille en feuillets. Mais…
comment dire…
il y a juste plusieurs moments.
Ce serait tellement beau si tu pouvais choisir un passage du livre et
dire : ça commence.
En fait, tu n’aurais même pas besoin de le dire.
Les robes sont pressées sous un dôme en parapluie bleu,
il y a au moins 1000 robes
je te crois sur parole.
Je garde depuis longtemps
une île avec un coffre qui
est peut-être vide.
On passe l’enfance à protéger un secret,
un secret
dont on n’est même pas sûre.
La boutique d’accordéons
Tout ce qu’on voulait ailleurs
qu’est-ce qui se faufile dans
ce que j’essaie
on
garderait
de
dire ?
On pourrait le faire
ici.
Les
mêmes
un pont-
levis, une
pensée
sommaire ou
les anges
aux mêmes
visages,
soufflent
qu’est-ce qui est
merveilleux ?
Pourquoi
dans leurs trompettes
je me sens plus en sécurité
dans l’enceinte
les mêmes
prénoms
entourés de
douves
un faux
château
des ducs de Bretagne ?
Dans une boutique
d’accordéons
un adolescent
reste dans le monde.
EMMA VALLEJO
Emma Vallejo est diplômée des Beaux-Arts de Paris. Elle écrit des poèmes, des textes théoriques. Ses textes ont été publiés dans des revues de littérature (niqui causse, Mouvement, Point de Chute, Black Herald Magazine). Elle conçoit et donne des ateliers d’écriture et de performance, dans des contextes variés.