La Galerie est fermée pendant la période inter-exposition RDV en septembre pour l’exposition personnelle d’Haig Aivazian Toute l’équipe vous souhaite un bel été !

  • Publié le 10 juillet 2026
  • Auteur·e : Noah Alifeni
  • Temps de lecture : 20 minutes
  • À HAUTEUR DE MÉDIATEUR

    Enquête et réflexions sur la dernière édition de l’exposition « Épatez La Galerie ! »

    Samedi 6 juin au soir, Romainville-Carnot, ligne 11

     

    Plan m’indique la sortie 4. Rue Veuve Ablet. Mais en sortant du wagon, aucun des panneaux bleus que l’on voit ne semble nous conduire vers la bonne direction. Tant pis, nous suivons le mouvement et finissons dans un ascenseur, puis un second. Mystérieuse ascension en deux temps, qui ne porte visiblement pas ses fruits puisque l’on se retrouve devant les premières sorties de la gare : place Carnot d’un côté, boulevard Henri Barbusse de l’autre. Au pif un peu, et pour ne pas me sentir trop con, je choisis vite la place et nous traversons son petit rond-point en forme d’étoile. On dépasse le cinéma Le Trianon pour longer la rue Anatole France en lisant, sur les panneaux de chantier qui ceinturent les gros travaux d’aménagement, les promesses faites aux habitants du coin. Je ne sais pas si elles sont à la hauteur du désagrément, de l’espace accaparé, de la poussière de béton et du bruit qu’ils imposent comme cela. En parallèle de la petite avenue, des villas se tiennent en silence dans la rue de Romainville. À les voir nous lorgner ainsi, ces grandes maisons, l’on comprend peut-être, un peu mieux ce qui se trame ici. Ici comme partout ailleurs dans la petite couronne de l’Île-de-France. Toutefois, ce serait mentir de vous cacher que je repense encore à la villa rose et ses ornements verts. Derrière son portail, un escalier conduit à la porte d’entrée par deux beaux arcs de pierres. Difficile à décrire mais vous reconnaîtriez.

     

    En sortant de La Galerie, j’en parle à Laura [Burucoa] qui, elle, devine assez facilement. Plus que ça même : « Aah, vous êtes passés par Beverly Hills ! » Belle manière d’exorciser le malaise, ça nous fait tous rire. Je lui dis au revoir, elle rejoint le reste de l’équipe du centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, ils s’en vont vers Bobigny. De notre côté, nous reprenons le chemin initial pour poursuivre la Nuit Blanche1 dans le centre de Paris. Kassim et Eva tiennent à assister à d’autres évènements de la programmation officielle. Mais il faut le reconnaître, nous sortons de cette exposition avec un certain sentiment d’émerveillement. Demandez au reste de la soirée de se préparer, la barre est haute !

     

    « On avait déjà un canapé pour la première édition. Là, on a fait un coin tapis avec des coussins. On a essayé d’acter spatialement des espaces de repos et des espaces d’usage, par le faire, le dessin, et cetera. En médiation, on passe notre temps au sol, on s’assoit beaucoup dans les salles. Moi, j’adore regarder comment les corps se déploient dans l’espace. Si tu proposes à des personnes de dessiner, elles s’allongent, elles prennent plein de place. Que ça puisse faire ça aussi dans ces expos, je trouve que c’est important. » C’est ce qui a le plus marqué ma première visite de l’exposition. En entrant dans La Galerie par ses larges portes grises, mon regard est happé par cette relation que cultive l’exposition à son propre espace. Je ne vois pas encore les œuvres. J’entre d’abord en contact avec la manière dont les gens circulent, s’arrêtent et se baissent pour prolonger leur expérience. Un rapport au sol s’établit et crée un certain rythme de déambulation. C’est chouette.

     

    Cette attention, Sou-Maëlla2 la développe, d’abord en tant que médiatrice culturelle – mais également en tant que membre du commissariat de l’exposition. « Ça a des conséquences sur la scéno. On ne supprime pas les choses parce qu’on n’a pas la place, on réajuste. Trop de choses au mur ? On a besoin d’un objet au sol, de quelque chose autour duquel tourner. À l’inverse, s’il n’y a plus de place pour personne, on fait des affiches, on fait une édition. » Les médiums mobilisés par le commissariat restituent non seulement ce qui a été fait, mais témoignent aussi de la pluralité des pratiques explorées. Des podcasts disponibles à l’écoute sur site et sur le SoundCloud du centre d’art, des projets éditoriaux aux formats extrêmement divers, des photographies et des créations plastiques, du collage, de la gravure, de la typographie, du chant, de la vidéo, de l’animation, les choses pullulent dans La Galerie sans pour autant submerger celui ou celle qui s’y promène.

     

    Noëmie commente : « On essaie un peu à chaque fois de grappiller un petit socle, un petit tabouret. Là, on a monopolisé deux salles pour faire des espaces de lecture, de médiation, de documentation. » Mais même si cet accent que la scénographie porte sur le visiteur est juste, il n’est pas produit sans conséquences. Elle nuance : « On n’a pas tout réussi, c’est pas non plus idéal pour nous en termes d’accès PMR. Il y a plein de trucs encore qui vont pas, l’espace de « lecture, écoute, repos » qui n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite. »

     

    Cette dialectique a ses limites. Mais elle représente, quand elle s’adresse à d’autres types de refus, une opportunité créative : « Pour la vidéo Même pas peur qui a été montée, qui était dans la moustiquaire dans la salle 4 — la salle qui est sans fenêtre — initialement Kim elle voulait qu’on fasse une projection dans cette salle. Pour rejouer un peu le côté gigantesque, un truc de peur, que ce soit dans un endroit plus obscur, pas allumé, sans lumière artificielle. Mais voilà. Pour des questions d’espace, on a opté pour une autre solution. Mais l’idée de la moustiquaire, c’était de rejouer un peu ce truc de l’enfance : on dort ensemble et on se raconte des choses un peu effrayantes, un truc un peu cabane aussi. »

     

    Pour mener à bien cette exposition, les commissaires doivent donc, en premier lieu, négocier avec ce qu’elles reçoivent. Elles construisent au fil de l’eau, sachant que chaque choix – un accrochage, un dispositif – affecte la place du visiteur et de l’œuvre. La scénographie reste en tension, saisi par un rapport de force qui n’est pas encore résolu. Pourtant on n’en perçoit pas les contraintes qui la rendent instable. De cet équilibre probablement très fragile, seuls ressortent ses principes fondateurs : cette attention au corps, que nous avons déjà mentionnée, mais également une certaine rigueur. Car les travaux présentés sont nécessairement soumis à une sélection. Pas triés mécaniquement. Montrés, les objets n’ont pas vocation à parler d’eux-mêmes. Une cohérence générale se ressent et s’explique par l’intervention des commissaires-médiatrices. Elles traitent les travaux récupérés à partir d’un certain horizon esthétique. Elles posent un certain regard critique. Lequel ? Le savoir-faire des équipes du centre d’art soutient les travaux restitués, certes. Mais après ? Et surtout, comment ? Je n’arrive pas à me dire que cela ne relève que de l’exercice technique.

     

    Dans les textes qui accompagnent et présentent le concept « Épatez La Galerie ! », un terme me marque : l’exposition est réalisée dans des conditions dites « professionnelles ». Sou-Maëlla me fait part du sens qu’elle trouve derrière l’utilisation de ce mot « qui était là avant elle »

     

    « Par rapport au terme professionnel, on fait tout [chacune de nos missions] de manière professionnelle », puis elle complète « C’est juste que les moyens [en terme d’équipe, de temps, financiers, techniques] nous permettent de réaliser ce type d’exposition » avant de contrebalancer avec cette autre notion : « Mais pour moi, le soin il est toujours là. C’est du crédit qu’on va donner aux gestes des participants. » C’est à cet endroit-là que se fondent la cohérence et le récit. En donnant du crédit aux gestes, à leur réception comme dans leur partage, le commissariat essaie de construire à partir des moments collectifs vécus au sein du centre d’art. « Les artistes intervenantes [Kim Bradford & Laura Burucoa] prennent beaucoup de temps à regarder ce qui a été fait et à réfléchir à comment ça peut être montré, partagé. » Le récit s’établit par les liens qu’elles repèrent et produisent, « Prendre du temps pour monter les images entre elles, faire qu’il y ait des échos entre les productions. » Voici une des clés qui nous conduit au résultat final.

     

    En partie. Car quand nous discutons de la manière dont est fait cet arbitrage, Noëmie prend aussi l’exemple de « photos floues qu’on ne peut pas utiliser », à l’inverse de « photos plus belles, plus expressives ». L’opération s’appuie sur un travail d’attention mais aussi de choix assumés. Toutefois, lorsque les images étaient jugées pas assez satisfaisantes, les commissaires ont alors accrochés les masques créés par les participants. L’atelier se racontait aussi par la présence de celles et ceux qui y ont pris part. Présence s’incarnant sous plusieurs formes, mises en dialogues sur le mur consacré à leur accrochage. L’exposition est riche parce que ses organisatrices font tout pour emmagasiner le maximum de ressources possibles, qu’elles rééquilibrent ensuite via l’application de critères et de solution que j’expérimente dès la première visite, et que je conscientise progressivement.

     

    Noëmie m’avait raconté une anecdote à ce sujet qui illustre assez justement le rôle des artistes intervenantes à cet égard : « Kim par exemple, elle a tendance un peu à démultiplier, dans les ateliers, les médiums pour rendre compte de ce qui se passe. Donc elle va vouloir enregistrer, en même temps prendre des photos, en même temps mener une action. Et parfois, quitte à être sursolicitée, mais ça vient d’un truc ultra généreux qu’elle a dans sa manière de mener les ateliers. » Le soin, qui se matérialise ici par le temps que prend Kim Bradford pour tout saisir, a un prix. « Parfois, ça peut être un peu frustrant pour elle et pour nous aussi de devoir abandonner un des médiums, à la fois pendant les déroulements d’ateliers et aussi dans les restitutions. Parce que sinon ça fait trop d’éléments, ça fait trop de travail aussi. C’est trop de matière qu’on n’a pas le temps de trier ou de monter correctement. »

     

    Les idées, même si elles sont bonnes, ne naissent pas ex nihilo. Elles sont le fruit de refus et de sacrifices, de tentatives de faire mieux – le mieux possible. Cette dynamique donne vie à des frictions créatives et se traduit par des résultats aussi intéressants que la moustiquaire de la salle 4. Mais il est important de reconnaître d’où vient tout cela. Des ateliers jusqu’à l’exposition, un cadre très exigeant s’impose à l’équipe en charge des publics. Se dessinent un peu plus clairement les enjeux de cette négociation qui, finalement, démarre un peu plus tôt qu’à l’examen de ce qui va être exposé. Mais demande aussi à ce que les commissaires endossent plusieurs rôles, quitte à se retrouver parfois prises dans des postures incompatibles. Face à ce second aspect, je ne sais pas dans quelle mesure les équipes parviennent à se protéger d’elles-mêmes. Je sais que c’est un enjeu au sein du secteur culturel. Prendre soin, dans un centre d’art, c’est aussi penser l’énergie dépensée par les équipes. Le soin doit s’inscrire dans une dimension matérielle et économique.

     

    Toutefois, la typologie particulière de cette exposition, dans la mesure où elle témoigne d’une relation de confiance entre les publics participants aux ateliers et les professionnels de l’art qui y travaillent, autorise visiblement une sorte de contradiction. Noëmie, dont les missions consistent aussi à souvent interagir avec les publics, l’explique : « Pour moi [cette exposition], c’est une pression, une responsabilité. Une envie de rendre la pareille, de remercier toutes ces personnes qui sont venues prendre du temps, qui ont confié leur récit. » À titre personnel, je vois aussi une responsabilité et une pression supplémentaire de par le contexte. Celui d’une institution qui repose sur une certaine autorité symbolique difficilement contestable vis-à-vis de ce qui y est montré et dit.  La Galerie n’est pas un espace neutre. Elle est un lieu qui, par son existence, attribue de la valeur à ce qu’elle expose. Sûrement que cette tension contribue à rendre l’exposition si singulière : elle prend soin de tout ce qu’elle reçoit, mais elle sait aussi que ce qui va être montré, elle le transforme, elle le consacre. Naturellement, nous en parlons avec Sou-Maëlla, qui ne veut pas nier cette dimension : « La Galerie, en tant que centre d’art d’intérêt national, qui a plus de 25 ans — c’est sûr qu’elle vient valider, légitimer. Et il faut pas nier ça. Mais j’ai pas envie de le surjouer.»

     

    Juste après, elle ajoute, « ça légitime quoi, aux yeux de qui ? »

     

    Et si dans le cadre d’une exposition comme celle-ci, on peut tempérer la portée de la validation des exposés, Noëmie me donne quand même une réponse à cette question ouverte. « Il y a un enjeu stratégique quand même. On sait que c’est aussi l’occasion de faire reconnaître ces métiers [de la médiation] qui existaient peu, qui sont encore sous-traités. De faire valoir ce qu’on fait. »

     

    Dans cette optique, « Épatez La Galerie ! » n’est plus seulement une restitution. Le centre d’art prête son capital de reconnaissance, à la fois aux exposés, mais aussi, en creux, à celles et ceux qui le constituent. L’exposition s’adresse aux participants, à leurs proches, aux habitants de Noisy-le-Sec, tout autant qu’aux professionnels de l’art contemporain. Particulièrement à celles et ceux qui sont concernés par les enjeux de médiation. « Cette expo a une double vocation, un double endroit » me dira Sou-Maëlla, à mesure que je réalise que le sentiment d’émerveillement provoqué par cette exposition me vient aussi du fait qu’elle s’adresse à Kassim, à Eva et à moi en tant que médiateurs culturels. Mais cette double adresse, aussi habile soit-elle, mérite qu’on s’y arrête. Que se passe-t-il vraiment du côté de ceux à qui l’exposition est censée s’adresser en premier lieu ? J’ai interrogé Noëmie sur les retours qu’elle avait pu recueillir pendant les semaines d’ouverture. Elle m’a parlé d’un outil mis en place récemment : « Depuis quelques mois, on a instauré un journal de bord. La personne qui fait l’accueil en médiation note les interactions saillantes de la journée et fait un petit compte rendu qu’on partage à l’équipe pour partager aussi ce qui se passe au rez-de-chaussée pour celles et ceux qui sont au deuxième étage. »

     

    Puis deux anecdotes.

     

    « Je me souviens d’un enfant qui demandait à Laura : qui paie, comme c’est gratuit [d’entrer] dans La Galerie. Du coup, elle lui explique3 et il lui a dit « ah mais du coup c’est nous qui payons » ! »

     

    « C’était un peu exceptionnel mais il y a aussi eu un adolescent qui est passé plusieurs fois, pendant le montage, et je lui avais dit de revenir et il est revenu. Pendant l’exposition, on a fait un petit tour ensemble et il m’a demandé si on exposait des grands artistes des fois. Là je lui ai expliqué que c’était des personnes non professionnelles et je lui ai demandé ce qu’il entendait par grands artistes, il m’a dit comme Martin Parr4 par exemple. […] C’est vrai que c’était assez drôle, je pense qu’il devait avoir 12 ans tu vois, c’était un jeune ado. »

     

    C’est drôle de constater le trouble que produit le positionnement de l’institution chez ces deux jeunes visiteurs. En se posant la question des finances, le premier interroge ce que cette gratuité implique en retour. De son côté, l’adolescent ne savait pas tout à fait quoi faire de cette exposition. Pour valider son expérience, il lui fallait une autorité consacrée, quelque chose qui légitimerait cet espace où l’on expose des personnes non professionnelles.

     

    Avec cette seconde réception, un écho se crée dans l’échange mené avec Sou-Maëlla :

    « En fait, ça [le fait d’exposer ces travaux dans un centre d’art] ne légitime [ces travaux] qu’aux yeux des personnes qui accordent de l’importance à ces espaces-là. »

     

    Et j’en viens finalement à me demander, pour conclure cette enquête, à qui profite véritablement ce processus de reconnaissance ? Je n’ai pas de réponse nette à apporter à cette question, et je crois que c’est précisément ce qui doit clore ce texte plutôt qu’être résolu par lui. Je repense, pour y voir un peu plus clair, aux barrières de chantier longées rue Anatole France, et aux promesses qu’y adressent la RATP aux habitants du quartier pour plusieurs années encore. Je ne savais pas, en les lisant, si elles seraient un jour à la hauteur du désagrément qu’elles annonçaient. Je ne le sais toujours pas. Mais cette question m’a suivie jusque dans La Galerie.

     

    Il serait tentant, après tout ce que Sou-Maëlla et Noëmie m’ont donné à voir, de faire d’« Épatez La Galerie ! » un geste de rupture : une exposition qui renverserait, le temps d’un mois, la hiérarchie entre amateurs et professionnels. Ce serait une lecture séduisante. Ce serait aussi, je crois, une erreur de perspective. La Galerie ne deviendra pas un espace de contre-pouvoir, pas plus que le chantier n’appartiendra à ceux qui en subissent aujourd’hui la poussière. Elle continue de posséder le pouvoir et distribuer de la valeur depuis la place qui est la sienne, et rien, dans le dispositif observé, ne vient renverser ce rapport. Ce n’est pas le but. Ce n’est pas l’endroit. Le soin transforme le regard. Il ne nie pas le pouvoir. Il faut le rappeler, au risque sinon, de céder à une forme de posture romantique.

     

    Cette prudence en amène une autre, qui touche à la manière même dont ce texte a été écrit. Je suis médiateur. J’ai interrogé des médiatrices. Le regard que je porte sur La Galerie est structurellement celui d’un pair qui parle à des pairs. Ce texte fonctionne, en un sens, comme une chambre d’écho professionnelle. Cela explique sans doute pourquoi j’ai tant insisté sur le visiteur, sa place, son accueil, le traitement de ses œuvres, et si peu sur le détournement des cartels qui s’opère dans l’exposition, sur la mise en avant de la notion de protocole, sur les œuvres elles-mêmes ! J’avais tout un passage sur la manière dont l’exposition se positionne vis-à-vis du white cube, plusieurs paragraphes relevant l’humour des enfants mis en avant et même un commentaire sur l’activation de l’œuvre de Cally Spooner (Seven Thirty Till Nine, 2012) le soir de la Nuit Blanche. Assurément, un œil plus neutre aurait peut-être interrogé en priorité ces dispositifs-là. Le mien s’est porté ailleurs, vers ce que je comprenais le moins, ce qui m’interpellait le plus. C’est important de le rendre visible.

     

    Reste une dernière question : cette exposition crée-t-elle réellement une communauté de valeurs nouvelle, c’est-à-dire, un espace où l’on pourrait décider autrement de ce qui mérite d’être montré ? Ou reste-t-elle, malgré tout, cantonnée au monde de l’art, réduite à une expérience utopique empruntant ses codes sans jamais vraiment les désamorcer ? C’est peut-être cela, au fond, ce qui rend cette typologie d’exposition si intéressante à observer, saison après saison, c’est un terrain d’expérimentation. C’est une occasion d’assister au rendu d’un laboratoire de la médiation qui conscientise et visibilise toutes ses étapes et ses hypothèses, sans omettre où il se situe.

     

    L’année prochaine les travaux rue Anatole France ne seront toujours pas finis, mais je passerai quand même pour voir ce qu’il en est. Et je vous encourage à faire de même. L’on pourra se retrouver, par la suite, pour débriefer au sein du prochain rendez-vous annuel de La Galerie.

    1 Nuit Blanche est une manifestation artistique et culturelle qui se tient chaque année à Paris et dans la Métropole du Grand Paris.

     

    2 Ici je fonde mon texte sur deux entretiens menés avec Sou-Maëlla Bolmey, la responsable du service des publics et de la programmation culturelle – et Noëmie Armand Pedrosa, chargée du jeune public et de la médiation. Avec Kim Bradford, Laura Burucoa, Violaine Ducrot et Sarah Zali, elles constituent l’équipe des publics et ont été en charge du commissariat de cette septième édition d’« Épatez La Galerie ! », un rendez-vous annuel de La Galerie de Noisy-le-Sec, restituant pendant près d’un mois une panoplie des créations produites lors des ateliers et des projets menés avec les publics du centre d’art.

     

    3 Le centre d’art est un équipement culturel financé par la ville de Noisy-le-Sec.

     

    4 Photographe britannique, reconnu à l’échelle internationale.

    NOAH ALIFENI

     

    Noah Alifeni (né en 2002 à l’Île de la Réunion) est un poète et un ingénieur culturel. Il inscrit son travail et ses compétences au croisement de la poésie et des pratiques artistiques contemporaines, avec une attention particulière aux dynamiques collectives. Nourri par une approche transdisciplinaire, il explore les potentialités de ces centres d’intérêts au travers la rédaction de textes poétiques et critiques, l’édition d’ouvrages, la mise en scène de performances et la direction créative de projets artistiques et culturels.

     

    Texte publié dans le cadre de l’exposition « Épatez La Galerie ! »