En raison d’un mouvement social, La Galerie sera fermée jeudi 5 novembre 2026

  • Publié le 20 octobre 2026
  • Auteur·e : Emné Nasereddine
  • Temps de lecture : 7 minutes
  • voici étrange mais parfaitement probable la lumière

     

    1

     

     

    rien ne se passe

     

    tout est quelconque

     

    tout est réel dans ce cerveau
    ce grand esprit
    qui cherche par une vision brute            par les songes et les traces
    sa cause interne dans le monde

     

    cherche jusqu’à dire

     

    ce qui n’est pas

     

    ce qui n’est pas encore su
    ce qui n’est pas encore su comme vivant
    ne peut pas
    ne peut être

     

    ne peut être su comme digne d’être épargné

     

    et la nuit quand elle passe, est un grand miracle pour les humains
    et la nuit quand elle couvre, ressent de la crainte en elle-même
    et la nuit quand elle s’étend, veille sur la parole, plus efficace qu’une torche

     

    2

     

     

    celui des vieilles lunes ne dit pas qu’il a peur
    bien qu’il interprète                 isole et exagère

     

    là

    filme son pays
    jure par le crépuscule
    contre lui un météore aux aguets

     

    grâce à des points de repère, dénie
    depuis un lieu lointain, se change
    par l’étoile, déclare

     

    voici les malédictions qui t’atteindront
    ta ville et ta huche seront maudites
    tes enfants et ton lot seront maudits
    ton arrivée
    tes rêves et leurs enjambements

     

    ta circulation

     

    ton animal domestique

     

    personne ne sera tranquille
    personne n’aura le cœur simple

     

    et ma fièvre
    et mes pieds

     

    alors
    je vais duper le vide par des traits bizarres

     

    il sait obscurément lui-même
    il enregistre le monde
    structure et complète

     

    produit des traces
    drone les corps
    influence les rêves
    détecte l’animal

     

    conserve ou supprime
    se discipline

     

    se gouverne

     

    ne dit pas

    est peur ce qui met l’homme en mouvement
    est égoïsme ce qui survit en chacun

     

    pas

     

    est pouvoir ce que l’œil récompense

     

    est image ce qui entraîne à croire
    est obéissance
    fichage

     

    totale suspicion

     

    ne dit pas
    convient au système toute création
    inquiète ce qui demeure opaque
    menace ce qui refuse d’être

     

    convient au système tout visible

     

    de fait
    cache le contenu de ses mots à son cœur
    cache sa veine jugulaire
    et ruse contre lui-même

     

    attaque le songe
    interprète dans une orbite

     

    engendre une mer sur laquelle s’élève une autre mer sur laquelle s’élèvent des armes

     

    et sort sa main pour donner lumière à la queue de détente

     

    3

     

     

    un homme regarde un homme
    demande
    avec qui
    et pourquoi
    dans quelle partie du corps est l’incident

     

    en tant que notion humaine
    qui s’est adapté et a obéi
    quand cela s’est-il produit

     

    la nuit, ils se lancent, ils se surveillent, ils se reproduisent et s’accordent en bande

     

    un homme par son œil
    produit un phénomène sur les siens

     

    il n’y a pourtant rien de mal avec cet instrument

     

    4

     

     

    quelque chose dans la rue

     

    quelque chose dans la femme est bruyant et plein de syntaxe
    quelque chose de consultable

     

    voilà l’idée que la ville se fait d’elle-même

     

    rien qu’à être
    ici, sur ce qui reste de terre, rien étant
    une forme d’esclavage en tout
    avec les meurtriers et les étoiles
    tous les missiles et les nuits en papier

     

    avec cette ivresse de la foule ivresse de l’ensemble

     

    s’inquiétant de l’intégrité du pays

     

    posant des questions
    quelle est la profondeur
    quelle est l’imagination
    quelle est l’intérêt personnel de la lumière

     

    quelle est le but de la connaissance
    le but d’un solide objet

     

    avant de me tuer, quelle impression avait-il de moi

     

    comme un combustible ce policier

     

    5

     

     

    la rue est réelle
    les corps sont réels
    les particules, les spores
    les effets secondaires et autres souvenirs examinées

     

    le sang quand il apparaît est réel
    et cet uniforme
    cette heure
    cette voiture avançant
    sur l’apparence des choses
    dans une nuit qui complique tout

     

    pas d’endroit où se cacher
    pas d’endroit pour se reposer
    il y a la nature
    il y a de l’illustration
    des grandes profondeurs avec obscurité totale
    dans des conditions extrêmes
    des particulièrement vulnérables

     

    les choses sont des forces finies ou ne sont pas

     

    l’écoute est très proche, très près
    dans le silence
    à toute vitesse

     

    6

     

     

    un enfant dit
    ce n’est qu’un exemple

     

    au début j’étais et finalement
    avec une légère mutation
    du côté des tanières
    suis devenue légère
    sans savoir pourquoi

     

    suis devenue un je
    simple de plus en plus

     

    voici étrange mais parfaitement probable
    la nuit
    le visage
    la toux
    le ciel
    la lumière

     

    7

     

     

    et la lune quand elle est pleine traite les preuves pour les brigands
    et la lune quand elle grossit fabrique une œuvre et mesure son bien
    trouble la vue et ensorcèle les gens

     

    il semble que les choses qu’elle ressent
    manquent à la science car elles manquent au visible

     

    car le réel si obscur dans sa personnalité double

     

    dans une excellente collision
    de phares
    d’ombres et de freins
    d’infrastructures en mouvement

     

    et les fantômes qui les accompagnent
    sont réels
    et les fantômes qui transforment sont réels

     

    avec les meurtriers et les étoiles
    tous les missiles et les nuits en papier
    les abstractions

     

    ce malin génie
    depuis l’intérieur
    comprend les consciences
    avant même qu’elles soient produites

     

    8

     

     

    il y a beaucoup de lumière
    et beaucoup de lumière

     

    plusieurs milliers de lumens
    de 30 secondes à 1 minute
    36 heures de jour et de clarté
    une visibilité constante par de puissant projecteurs

     

    pour ceux qui regardent qui courent et disparaissent
    deviennent ternes les étoiles

     

    ce sont des êtres fanatiques admirant les détails

     

    à cause de l’étendue dense et pesante qui fait défaut aux astres

     

    au moyen du miroir
    sont pris au piège
    et avancent comme des mouches à la pointe et au déclin du jour

     

    n’ont pas d’existences mais font autorité dans le monde
    d’aucun lieu tout en pesant sur les vivants
    pas de noms alors soutiennent le réel
    ces lumières

     

    comprennent la superstructure parce que les mitrailleuses chantent

     

    offrent des possibilités de l’existence
    donnent par l’irréel la connaissance
    des créatures
    des expériences de pensée
     
    une sorte d’utérus
    dans les matrices
    une sorte de mmhmm

     

    mmhmm éclatant
    mmhmm difficile

     

    attentivement
    regarde mmhmm plus amplement

     

    comme si ce bruit allait durer toute une vie

     

    EMNÉ NASEREDDINE

     

    Née en 1990, Emné Nasereddine écrit. Son premier recueil, La Danse du figuier, lauréat du prix Émile-Nelligan 2021, a été traduit en anglais et adapté à l’opéra (Bourgie, Musée des beaux-arts de Montréal). Son deuxième livre, Je suis l’homme aussi, est paru en 2024. Aujourd’hui installée à Marseille, elle prépare son troisième livre. Elle crée également des installations où le poème devient objet, voix et espace de disparition, présentées en France, au Canada, au Sénégal et en Tunisie.

     

    Texte publié dans le cadre de l’exposition « You May Own the Lanterns, but We Have the Light » de Haig Aivazian.