Vues de l’exposition « al mahr », 2022

Photos © Aurélien Mole

© Adagp, Paris, 2022

المهر al mahr

Exposition de Sabrina Belouaar

14 mai — 23 juil. 2022

  • Commissariat:Marc Bembekoff
  • Vernissage:13 mai 2022

En embrassant aussi bien la sculpture, la photographie, que la vidéo et l’installation, le lexique artistique développé par Sabrina Belouaar (née en 1986, vit et travaille à Paris) questionne avec sensibilité la façon dont nos identités sociales et culturelles se construisent, se répondent et s’entrechoquent dans un aller-retour continu – du Maghreb vers l’Europe occidentale, du centre vers la périphérie. L’artiste n’hésite pas à remettre en question nos présupposés en révélant des rapports de force tacites dans les sphères tant politiques que familiales.

 

Pour cette exposition intitulée « al mahr » – que l’on peut traduire de l’arabe par « la dot » –, Sabrina Belouaar déploie dans l’espace de La Galerie un projet initié en 2017, pour lequel elle développe une recherche sur des femmes qui revendent clandestinement des bijoux dans les rues d’Alger. Appelées les delalates, ces femmes se sont un jour retrouvées dans une situation précaire (veuves, répudiées, divorcées, etc.) au point d’être obligées de vendre, à même le trottoir, des bijoux, souvent issus de leur propre dot, celle initialement remise aux jeunes femmes algériennes pour leur mariage.

Les photographies de la série The Gold Sellers nous montrent les mains de ces femmes recouvertes de bagues, cadrées en gros plan. À défaut de comptoirs de vente avec pignon sur rue, ce sont les corps mêmes des delalates qui servent de faire-valoir aux bijoux qu’elles vendent illégalement. C’est peut-être ce rapport direct au corps qui explique le fait qu’elles aient toujours été peu considérées et constamment dénigrées par la société algéroise – vision négative dont Sabrina Belouaar a pu être témoin dès son enfance.

 

À partir d’une situation particulière et contextuelle, Sabrina Belouaar tisse ainsi des liens qui lui permettent de questionner plus globalement notre rapport à l’or et cette course effrénée vers la richesse qui anime tant nos sociétés. Dans son dernier film, à travers un montage dont le rythme va crescendo, elle emmène le·a spectateur·rice dans des méandres visuels où s’entremêlent une iconographie aux sources diverses : images de delalates, archives, photos de famille, extraits de films, témoignages…

La référence à la tradition de la dot apparaît dans les images propres aux delalates, mais aussi métaphoriquement dans l’évocation du sandouk tadamoun. Lors de la libération de l’Algérie du joug français à l’été 1962, le gouvernement sollicite la population à un effort collectif pour doter l’Algérie, nouvellement indépendante, de l’argent et des biens du peuple – comme si finalement, cette toute jeune nation se mariait avec ses habitant·e·s et entamait une nouvelle relation pleine de promesses après cette période de colonisation française.

 

Cette exposition bénéficie du soutien de l’Arab Fund for Arts and Culture.

Programme culturel

Samedi 28 mai 2022, 16h30

Table ronde autour des delalates et des marchés informels à Alger

Discussion avec Sabrina Belouaar, Nabil Djedouani (archiviste), Lynn SK (artiste) et Farès Yessad (artiste), accompagnée par un programme de films et de vidéos (Henné / La Bête, un conte moderne [2018-2021] de Yasmina Benabderrahmane, An-Nissa [2017] d’Ymane Fakhir et Barbès – de la série Les Intruses [2019] de Randa Maroufi)

Les samedis créatifs (6 - 12 ans)

Chaque samedi, de 14h30 à 16h (en dehors des vacances scolaires)

Ateliers gratuits, inscription obligatoire

 

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L’artiste intervenante Charlotte El Moussaed propose d’explorer plusieurs techniques plastiques en lien avec l’exposition.

 

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